Layla ليلة

Texte pour l’exposition personnelle d’Aïcha Snoussi à la Galerie La La Lande

Pris à la gorge par des soucis financiers et acculé par des promoteurs immobiliers, le bar lesbien Le Troisième Lieu de la rue Quincampoix est contraint de fermer ses portes en 2012, après des mois de résistance. Près d’une décennie plus tard, la galerie La La Lande s’installe dans cette même rue, à quelques pas du bar disparu. 

Aujourd’hui investie par l’artiste Aïcha Snoussi, la galerie devient un mémorial des nuits de fête englouties, une tentative d’excavation de lignées queers. Les vestiges de la fête se transforment en offrandes, et les bouteilles vidées de leurs liqueurs sont remplies de lettres d’amour que plus personne ne sait déchiffrer. Les bornes de jeux d’arcades, épuisées par les assauts répétés, soupirent : “prends, une nuit de mes nuits d’amour, une nuit de mes nuits amères”. À force d’invocations, le portrait du chanteur Abdel Halim Hafez se fond dans les traits de Leïla, la grand-mère de l’artiste. Démultipliée, cette figure mouvante et androgyne créé une nouvelle généalogie, une invitation à réinvestir un passé collectif.

Un bar se construit en sous-sol, autour d’un babyfoot dont les figurines mutent, esquissent leur devenir gode. Cet espace interstitiel est imaginé par l’artiste comme un hommage à tous les bars clandestins où les communautés queer ont pu se retrouver, se cacher pour mieux s’exprimer. Entre l’ancienne cave du Troisième Lieu et la cave de la galerie, les pierres communiquent et résonnent encore de ces nuits de fêtes et de désir entre fxmmes. 

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